Lettre ouverte aux acteurs économiques

Comme vous le savez, lors de l’Assemblée plénière du Conseil régional qui s’est réunie le 18 mai dernier, l’ensemble des élus de notre groupe a voté contre la délibération proposée par l’exécutif régional visant à attribuer à l’association ARDI une subvention d’un montant de 4 405 625 € pour lui permettre d’assurer le plan de sauvegarde d’activités de l’association Entreprise Rhône-Alpes International (ERAI) et de reprise de ses personnels. Il ne fait désormais plus guère de doute qu’ERAI sera placé dans les jours qui viennent en liquidation judiciaire.
Cette décision, nous l’avons prise en pleine responsabilité.
Cette décision, nous tenons à vous l’expliquer, afin de mettre un terme à la scandaleuse campagne de désinformation conduite depuis maintenant plusieurs mois par le Président du Conseil régional et son Vice-président délégué à l’économie.
La première raison qui nous a conduits à la prendre, c’est l’opacité qui règne sur l’activité d’ERAI depuis plusieurs années. Malgré nos multiples demandes, il n’a jamais été possible pour nous de disposer de l’ensemble des éléments de ce dossier. Ainsi, par exemple, nous n’avons eu accès à l’audit réalisé sur ERAI en avril 2012 par le cabinet SCOREX qu’en… novembre 2014 ! De la même manière et malgré, là encore, des demandes régulièrement réitérées, nous n’avons pu avoir accès à tout un ensemble de documents qu’une fois le redressement judiciaire engagé, grâce à la diligence de l’administrateur judiciaire. Dès lors, comment peut-on demander à des élus d’engager plusieurs dizaines de millions d’euros d’argent public sans leur donner le minimum d’accès aux informations leur permettant de juger du bienfondé des actions conduites ? Comment travailler en confiance avec un exécutif qui dissimule volontairement des éléments fondamentaux ?
La deuxième raison qui a guidé notre décision est l’ampleur du scandale financier que nous avons fini par découvrir.
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Jugez plutôt :
• des salaires, d’un montant parfois indécent pour les plus élevés, allant jusqu’à 143 000 € bruts par an ;
• des frais de représentation se chiffrant à 474 000 € en 2013 ;
• un système de pertes volontaires non provisionnées qui a abouti à présenter des comptes insincères ;
• un système opaque de filiales avec des jeux de prestations croisées qui ont permis, de la même manière, de masquer la situation ;
• l’opération de Shanghai, payée sur fonds publics pour 19 millions d’euros, avec la construction d’un pavillon financée par des fonds régionaux mais qui reste la propriété de la municipalité de Shanghai à qui nous devons désormais verser un loyer de 250 000 € par an.
En tant que chefs d’entreprises, vous savez mieux que quiconque qu’une telle gestion est à la fois inacceptable, en dehors de toute réalité du marché et, surtout, inexorablement vouée à l’échec. Il était donc de notre responsabilité d’en finir avec ce qui s’apparente à une véritable gabegie. Songez que, depuis 2010, ce sont plus de 40 millions d’euros d’argent public qui ont été engloutis par ERAI, sans que nous puissions connaître précisément l’utilisation de ces fonds !
Pourtant, fermement opposés à la politique du pire, nous avons régulièrement tendu la main à l’exécutif, ces derniers mois, pour proposer des solutions permettant d’engager un travail de fond à la fois collectif, transparent et constructif pour sortir par le haut de cette situation et sauver ce qui pouvait l’être. Mais à chaque fois, l’exécutif a rejeté toutes nos propositions pour des raisons purement politiciennes.
Aujourd’hui, ce sont malheureusement les salariés d’ERAI et les entreprises actuellement sous contrat qui vont payer pour l’inconséquence de l’exécutif qui a laissé, en toute connaissance de cause, la situation se dégrader pour atteindre aujourd’hui un passif de plus de 8 millions d’euros.
La liquidation judiciaire permettra sans doute de faire toute la lumière sur la manière dont a été gérée l’association ERAI depuis plusieurs années.
Dans un contexte économique délicat, où chaque euro d’argent public dépensé doit plus que jamais être un euro utile, il nous paraissait indispensable de mettre un terme à ce qui s’apparente à un véritable scandale financier. En effet, les contribuables rhônalpins attendent aujourd’hui des élus que nous sommes un usage de l’argent public à la fois économe, réfléchi et au service de l’intérêt général.
Pour autant, il nous semble important que nous puissions échanger ensemble plus régulièrement sur ce que devrait être la politique de la Région en matière de développement économique et de soutien à nos entreprises, notamment à l’international.